Journal des penchants du roseau

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Tag - dimenche gras

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lundi 18 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards X

Ceste criée faite, il estoit heure de soupper, pourquoy fut l’eau corner pour laver. Environ le dessert, arriverent plusieurs postes, courriers, herauts, legats, ambassadeurs et messagers, les uns s’adressans aux maistres des requestes, autres aux cardinaux et gens du prieuré conseil, lesquels mirent tant de nouveaux cas en avant que l’on ne sçavoit ausquels entendre. De vray, s’estoit un desordre que de donner audience à tant de survenans, qu’il n’ensuivit que confusion, tout fut renvoyé jusques au mardi gras. Et adieu jusqu’à demain.

Le dimenche gras, sur le midi, se trouverent au vieil palais de ladite ville de Rouen, place dediée à faire telles assemblez, ledit sieur abbé, avec ses resveurs en décimes cardinaux, patriarches, chancelier, protonotaires et autres du collége, accompagnez des neuf vices du couvent, au nombre de xxiiij ou xxv. cens per­sonnes, accoustrez et masquez de si diverses sortes, et conduits d’une si haute gaine, qu’impossible est faire mieux sans art d’ennemy. C’estoit un miracle de vin que de voir leur ordre, pourquoy le college des cardinaux retenu. L’on fist marcher, pour servir de parade, lesdits neuf vices tout devant avec leurs falots, trompettes, tabours, portemesches et le bagage à l’enseigne.

Derriere ce menu fretin, marchoit un vieil homme monté sur un asne, jambes et bras nuds, accoustré mincement, et sembloit un fantôme, et tenoit en sa main une teste de mort, et donnoit où il vouloit, en plusieurs endroits, un dizain escrit à la main dont la teneur suit :

Dizain.

En la saison des Conards où nous sommes,
Verité dort, ou ell’ n’ose parler.
Les foibles ont les plus pesantes sommes,
Trahïson va par la terre et par l’air,
Raison n’a lieu où argent veut aller,
Marchandise est proche du cymetiere,
La foy on cache et ne se monstre entiere,
Envie court, on y adjouste Foy ;
Faveur conduit comme ell’ veut la matiere,
Ainsi tout va contre la droite loy.

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in Les Conards de Rouen, 2009.

dimanche 17 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards IX

Ces ordonnances, publiées au veu et sceu de tous Conards, donnerent quelque terreur au commencement aux facilles à effriter ; mais petit à petit s’asseurerent par accomplir et garder les articles de l’ordonnance ; bien leur en print, car l’on ne leur promettoit pas mefles blecques, dont l’abbé s’est trouvé bien trompé toutes fois, car il pensoit avoir force grosses amendes et autant pour le brodeur.

Le samedy xxvj. jour dudit mois, veille du dimenche gras, qui est le grand, gros, gras, haut et magnifique jour de nostre dit sieur abbé, fust par luy envoyé le sergent à masse, accompagné de huit vingts neuf gens à cheval masquez, à compter les porte­falots, tabours et phiffres, faire une criée par la ville, telle qui ensuyt :

De par l’Abbé tenant ce jour chapitre
Et les suppots de la Crosse et du Mittre,
Consideré de nos suppots le nombre
Qui se dispose et prépare soubs umbre
De la licence octroyée et donnée
De par la Cour, et par nous ordonnée,

Voulans ces jours par vray et Conard zele,
Tant au gentil dame que damoiselle
Donner plaisir, est dit que le grand jour
Commencera pour triompher autour
Demain midi ou plus tost, non plus tard.
Outre, l’abbé nostre prince Conard,
Veut et vous prie estre prests à dix heures,
Si vous n’avez opinions meilleures.

Que vos falots, phiffres, tabours et trompes
Soyent esquippez en triomphes et pompes,
Si que chacun nous face obstention
Des cas Conards, en l’obstentation
Du pere abbé, pour en forme estre mis
Et declarez obstant aucuns amis.

Fait au conseil logé au bois Saint-George,
Present l’abbé, lequel trempait sa gorge,

Ainsi signé : Regnaud tirelardon
La tantirely mirely guodon.

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in Les Conards de Rouen, 2009.