Journal des penchants du roseau

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mercredi 28 avril 2010

Bleu Terre - Crépuscule

Un regard de bord de mer, le crépuscule en toile de fond, je navigue sur ce calme vague. L’œil fixe, le phaéton en pâture donne son dernier concert, quelques rayons sur l’estran. La vase isole des coques brunes et je voyage au milieu des vers sur un limon grisâtre. Les arbres sont sous la brume et le toit du monde tombe, si vite qu’il ne reste bientôt plus aucune lueur d’espoir dans le ciel.

Solitaire, je plane en pansant mes plaies.

Ici, pas d’îles, mais un long serpentin entre une rivière et l’Iroise. Un sablier au repos ne donne pas l’heure, il tourne sur son mouillage, cherchant le vent. La cale est vide, nulle âme de promeneurs en ce soir prometteur. J’aimerais apercevoir un phare qui scintille et des poissons-chiens, or il n’en est rien. Plus personne ne regarde ce pays sage.

L’horizon n’a pas de voile et je le vis comme un drame.

L’ardoise bleue du village fait renaître des souvenirs de nages et la peur des algues-serpents qui s’étirent sur mes chevilles, les enlacent. Elles se collent, s’agrippent et m’attirent dans leur monde sous-marin, vers ces lutins au féminin qui m’encharment, belles bêtes ensorcelantes sur leurs selles d’hippocampes. Une valse imaginaire d’une rive à l’autre, sans musique.

J’aime ces maisons, doux reflets de secrets perdus depuis des millénaires, qui dorment au chaud, et le soleil qui s’échappe, déposant une ombre jaune planant et des reflets mandarine.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

vendredi 9 avril 2010

Bleu Terre - Orage

Je me baladais seul sur la plage, la mer s’était retirée et je pensais à l’été. Sur l’estran, de drôles de coquillages prenaient le soleil, je les ramassais, un à un. J’allais chasser la crevette rose, le bouquet, elle se cachait en famille sous des rochers. Les algues avaient de l’odeur, le ciel annonçait l’orage, ma toile cirée allait prendre l’eau. Tranquille et heureux, j’occultais ma souffrance. Un jour, tu m’avais dit que ton bonheur serait là, sur une plage remplie de coquillages, alors je pensais à toi, souvenir d’une nostalgie fleuve. Les oiseaux avaient les nerfs à fleur de peau, je le voyais à leur façon de voler, et mon cœur suivait la cadence de leurs battements d’ailes.

Comment t’oublier ?

Mon chien avait quitté le plancher des vaches, une crise cardiaque dans mes bras. Je n’avais plus que l’espoir illusoire de te revoir, toi qui t’étais cachée sur la mappemonde. Le silence de l’absence est si difficile à combler, ce sentiment d’être rien sans ton reflet. J’avançais cependant au milieu de mes rêves, irréels, en te sachant belle à croquer sur ton navire de grande classe, moi qui marchais sur le temps passé...

J’avais cette soif d’aventure à partager. L’eau tombait, je me noyais sous ce déluge d’idées, simplement prêt à te revoir.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

mercredi 17 février 2010

Bleu Terre - quatrième de couverture

Une récréation d’un monde commence-t-elle par une comptine ? Jean-François Joubert le suggère en amorce de Bleu Terre, balade poétique. Son verbe, doux et sensible, sera ses conversations avec les êtres qui, entre estran et abysses, peuplent les redoutables récifs où se fracassent les coques égarées, les lames écumantes, sous le regard distrait de l’astre de nuit. Les toiles de Georges Briot sont, dans leur reproduction, sa respiration picturale.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.