Journal des penchants du roseau

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mardi 27 avril 2010

Bleu Terre - Terre minus

Une prairie de protection violette permet à une araignée de lumière de se protéger des tempêtes solaires. Des masses de protons, d’électrons, arrosent notre peau blanche et éclairent nos étoiles. Divine toile. Pas un artiste-peintre sur la Terre n’est capable de reproduire ce joli tableau… L’autoroute de protons navigue dans l’espace à grande vitesse et traverse des montagnes d’illusion, comme ma peine de te savoir lointaine. Mon corps s’expose et mon cœur explose si je pense à ma reine du silence, mon ex… piration s’arrête. La solitude me traverse comme un champ de chansons, il est difficile de trouver une raison pour survivre à un abandon. Heureusement, la vue d’une mer de feu rose incandescente me transmet sa force tranquille, et j’avance vers ce chemin inconnu qui mène à la fosse commune, ce lieu si sage, où le silence dort. Secrètement, j’aimerais que nous partagions cette route. Ton charme m’envoûte et je plane sur mes souvenirs d’Espagne. Tu vis en moi. Cette folie me berce, me transperce comme ces glaives de rayons. Je saigne et me sais si fragile, j’ai perdu le mode d’emploi pour sourire à la vie, depuis que tu as quitté le nid que je construisais en oubliant de dormir la nuit.

Combien d’étoiles brûlent pour que mes vœux s’exaucent ?

De pleines poignées identiques à ce sablier qui laisse le temps s’envoler...

Et mes rides construisent un rideau, un voile que tu voles, mon innocence. Sans partage, la vie n’est rien qu’un soupir, une île déserte qui transpire d’ennui. Moi, je voyage dans l’absolue certitude d’avoir rencontré ma sœur d’âme.

Oui, je suis fou !

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

jeudi 24 décembre 2009

Les Conards de Rouen - notice sur la fête des fous III.3

Le vert dominait dans le costume primitif adopté par les Conards. Emblème de la folie, sa couleur se trouvait semblable à celle que revêt la nature à la venue du printemps. Il y avait, en effet, une piquante affinité entre la future saison où allaient poindre les feuilles, qui n’était pas sans aiguillonner la fibre sensuelle des hommes, et l’époque du carnaval où l’on entrait, qui lâchait bride à tous les instincts et convoitises.

« Certainement la plus commune voix est qu’il n’y a que le prin­temps qui esveille les corps et les esprits endormis de l’hyver fascheux et mélancolique ; et puisque tous les oiseaux et ani­maux s’en rejoüissent et entrent tous en amour, les personnes qui ont autres sens et sentiment s’en ressentent bien davan­tage. » Cette livrée printanesque fut par conséquent syno­nyme de toutes les fêtes de Conardie.

Lorsque la saison du vert approchait, entre l’espace de temps compris depuis la dernière semaine de janvier « jusqu’au mardy gras suyvant, pénultième jour de fevrier » rien ne pouvait contenir l’impatience des Conards ; les mandataires de l’abbé parcouraient les rues de Rouen en soufflant dans leurs trompes ou cornets.

Les nonnains attendaient la fringante invasion, revêtues de vête­ments masculins, ce qui se trouvait être le plus haut degré de licence, comme le prouve l’un des griefs d’accusation formulés contre Jeanne d’Arc pour avoir porté des habits d’homme. – On peut dire qu’il était tacitement convenu, dans ces réunions : « que là ne seraient reçües, sinon les belles, bien formez et bien naturez, et les beaux bien formez et bien naturez. »

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.