Un cormier

C'est donc ainsi.

On s'installe dans une petite ville, non loin de son étang, on est charmé par l'accueil. Il est, à force d'habitudes – parce que nous sommes aux Marches –, devenu spontané chez les personnes qui vivent ce lieu. Nous sommes tous de passage, nous le savons. Certains depuis quelques générations, d'autres – comme cet apprenti libraire – depuis une année. Nous savons vite qu'ici l'entraide, l'échange sans souci d'un retour, est vivante, évidente. Elle accompagne ces bonjours qui rythment nos pas sans même savoir vraiment à qui nous les adressons. Juste dire par un hochement de tête, un sourire, une mimique ou un claquement sonore que nous ne sommes pas les ombres d'un décor où il faudrait se fondre et s'enfouir. Oh ! Rien d'idyllique : nous avons nos bisbilles et nos fronts froncés aussi, quelques esclandres qui habillent nos tragédies intimes lorsque le chant mue. Mais il y fait bon vivre, avec mesure : nous jouissons de ce luxe là.

Et puis voilà. Voilà que ce qui nous est profondément étranger nous rattrape. Une mécanique politique, administrative & judiciaire, mais surtout anonyme et étrangère, décide d'extirper de cette petite ville – leur lieu d'accueil et de vie – deux enfants, leur père et leur mère. De les enfermer quelques jours, semaines ou mois dans un centre dit de rétention – prison administrative – dans le but de les bannir du territoire qu'ils avaient choisi pour les exiler dans celui qu'ils fuyaient.

Ils habitaient, jusqu'à ce lundi 19 septembre où la gendarmerie frappa à leur porte, à deux pas de chez moi, rue du Bourg au Loup. Leur tort ? Vouloir et vivre ici ; accompagner leurs bonjours d'une timide mimique.

Et ce sentiment de honte qui empêche d'agir – tellement la mécanique froide semble incontrôlable : appliquer ces consignes de lutte de tous contre tous –, et pourtant ne pas y céder parce qu'elle nous est étrangère. Essayer d'agir pour que ces quatre personnes reviennent ici, chez eux et qu'ils puissent retrouver le sourire malgré cet effroyable et – Oh combien ordinaire ! - traumatisme.

À bientôt donc Sydney, Elohin, Mme Diatezua, M. M'Bimba, et bienvenue - ici - chez vous. Chez nous.

Christian Domec. 9 rue du Bourg au Loup, 35140 Saint-Aubin-du-Cormier

PS : je l'ai appris comme ça, aujourd'hui :

« À St Aubin du Cormier, chez nous, rue du Bourg au Loup, hier, à 8h du matin, au moment du départ à l'école, les gendarmes ont encerclé une maison, arrêté une famille (père, mère, deux jeunes enfants (5 ans et 2 ans)) pour les enfermer dans un centre de rétention.

Arrêter des petits enfants et les enfermer ça me trouble toujours un peu ...

Leur faute : ne pas vouloir retourner dans la misère de leur pays.

Hier soir une réunion d'information a eu lieu. Objectivement ces personnes semblent bien ordinaires (au bon sens du terme), ne mettent en aucun cas l'ordre public en péril.

Je voulais vous en informer.»

Yves Le Roux

« Sydney est un élève de G.S. (maternelle) de l'école Alix de Bretagne. Originaires du Congo, ses parents ont demandé en 2008 l'asile à la France, qui le leur a refusé mais les a laissés vivre depuis 3 ans à St-Aubin-du-Cormier. Lundi matin, à 8h, alors qu'ils se préparaient à venir à l'école, les gendarmes ont cerné la maison où ils habitaient pour les emmener en Centre de Rétention à St-Jacques-de-la-Lande. Ils risquent d'y passer plus d'un mois, et risquent au bout du compte le renvoi dans leur pays, ravagé pourtant par les conflits armés et la pauvreté.

Lundi soir, un collectif de soutien a vu le jour à St-Aubin-du-Cormier pour défendre la vie de cette famille et le retour de Sydney auprès de ses copains à l'école.

Rassemblement mercredi à 14h place de la mairie à Saint-Aubin-du-Cormier
Audience publique mercredi à 15h30 au Tribunal Administratif de Rennes (3 Contour de la Motte) »

K.

« Une famille originaire de la République Démocratique du Congo a été interpelée, ce matin à son domicile, à Saint-Aubin-du-Cormier, entre Rennes et Fougères. La femme, enceinte de plusieurs mois, a été conduite avec son compagnon, ainsi que leurs deux enfants, âgés de cinq ans et d’un an et demi, au centre de rétention administrative Saint-Jacques-de-la-Lande. L’aîné des deux enfants est scolarisé à l’école maternelle Alix-de-Bretagne, à Saint-Aubin-du-Cormier. La famille était arrivée en France en 2008, où elle a fait une demande d’asile. Celle-ci a été rejetée en novembre 2009. En juillet dernier, elle avait reçu une obligation de quitter le territoire français. »

Ouest-France