Journal des penchants du roseau

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jeudi 18 février 2010

Le prix unique du livre et ses effets pervers 1

Nul doute que le prix unique du livre a permis le maintien d'un réseau dense de librairies « indépendantes » sur le territoire français. Et, autant vous le dire franchement, j'y tiens autant qu'au pain boulangé artisanalement, même si, il faudrait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte, l'indépendance des libraires s'amenuise à mesure que le pain s'industrialise : des pâtons texturés, aromatisés, calibrés sillonnant l'asphalte au rythme de la livraison des stocks de livres aux criardes couvertures à distribuer, rayonner, pilonner.

Certes, le prix unique du livre évite à quelques mammouths d'écraser la diversité que seules des souris trompeuses pourraient, en catimini et marginalement, sauvegarder.

Pourtant le prix unique du livre nivelle lui aussi. Il est adapté aux structures industrielles d'édition.

Un exemple ?

Je décide de publier Bleu Terre, je sais qu'un libraire pour vivre a besoin d'une ristourne d'environ 30 %, souvent plus, rarement moins. Je dois bien acheminer ce livre jusqu'à ce libraire, prendre à ma charge les frais de port : il faut donc au minimum que je compte ces deux postes pour établir le prix de vente unique de Bleu Terre.

Le seul subterfuge légal trouvé pour proposer ce livre à un prix plus abordable lorsque je le vends directement est la pré-commande avant sa sortie officielle. C'est chouette, mais c'est une contorsion qui ne m'amuse pas.

Ceci dit la loi sur le prix du livre dit une autre chose : « Tout détaillant doit offrir le service gratuit de commande à l'unité », ce qui signifie qu'aucun marchand de livre, qu'il soit en librairie, en superette, ou en amazone ne peut légalement dire : je ne peux vous le commander. Elle ne précise pas, par contre, la marge minimale qu'un détaillant peut exiger. Je n'ai pas encore reçu de commande via une boutique multinationale en ligne, mais il est sûr qu'elle ne pourra bénéficier de ma part d'une ristourne préférentielle : je préfère la réserver à des libraires qui ont des livres une autre considération, même si, pour tout un tas de raisons, commander de cette manière peut être agréable d'autant que le service de commande et d'envoi est souvent de bonne qualité.

Quand je pense que d'aucuns commencent à réfléchir sur le prix unique des fichiers numériques, j'ai quelques frissons... Moi ? Je les donne.

samedi 19 décembre 2009

Des livres licencieux ?

Grue

Son écran en coin, il me posa cette question : « ce sont des livres licencieux ? », je souris et affirmai (sic) : « non ! ». C'était hier, après avoir posté deux paquets, je me rendais au centre des impôts avec une liasse concernant la taxe professionnelle qui me chatouillait la paume de la main droite. Il claviota un instant, prit la liasse et la jeta dans sa poubelle : « nous recyclons aussi », restait la pochette en plastique, je m'empressai de la donner : qu'elle rejoigne sa liasse.

Ah ! Les papiers, une de mes hantises. J'ai bien dû m'y mettre un peu. Mon projet (1) arrêté, j'ai commencé par remplir une déclaration de début d'activité. Nom, âge, adresse : fastoche. Activité exercée, aïe ! Apprenti libraire, je suis sûr qu'il me faudrait des mois pour l'expliquer. Passons sur apprenti, mais libraire, pourquoi ce mot si simple, si parlant, si bien défini (2), n'est-il plus entendu ? Nul son décalé pourtant. Un glissement sémantique qui mené à son terme décrira ce qu'un clic peut provoquer : le déplacement d'un chariot dans un immense entrepôt, prolongé d'un bras articulé prêt à se saisir de l'objet commandé, vivement l'empaqueter et le charger sur la plate-forme roulante de distribution. Bref, je ne pouvais donc dire libraire, j'ai inscrit une périphrase du genre : créateur de livres autoédités à l'unité et autodistribués, un peu novlangue, mais efficace. Restait à mentionner le type d'imposition et l'activité comme accessoire et non professionnelle : j'arrivais à bout de ce formulaire ; aidé, il est vrai, par les conseils de Jocelyne, Cyrille et Macha. L'activité débutait le 1er octobre 2009, j'ai mis plus de deux mois pour vraiment m'en rendre compte.

(1) oui, je sais, j'ai du retard pour l'exposition, les méandres du réseau m'emberlificotent.
(2) pour mémoire, le jeu de définitions figurant dans le précieux Trésor de la langue française informatisé :

A. Masc., HIST. DU LIVRE

1. [Avant l'imprimerie]

a) Copiste de manuscrits (Dict. XIXe s. excepté Ac.).
b) Libraire (juré). Marchand chargé de vendre les copies des manuscrits originaux sous la surveillance de l'Université, devant laquelle il a prêté serment. Les Universités se font leurs propres éditeurs, (...) déléguant leurs pouvoirs pour la vente à leurs libraires jurés (Civilis. écr., 1939, p. 14-5).

2. [Depuis l'imprimerie]

Personne qui imprime et vend des livres. Libraires hollandais. Je donne mes griffonnages classiques aux libraires qui les impriment à leurs périls et fortunes (COURIER, Lettres Fr. et Ital., 1809, p. 810). Je n'ai pas gagné cette somme depuis vingt ans que je suis libraire. On ne fait donc pas fortune au métier d'imprimer des romans (BALZAC, Illus. perdues, 1839, p. 223) :

1. ... le libraire Ribou, ayant réussi à se faire communiquer le texte des Précieuses ridicules, publia cette pièce sans l'aveu de Molière et obtint même un privilège qui interdisait juridiquement à l'auteur d'imprimer cette œuvre à son tour.
L. FEBVRE, H.-J. MARTIN, L'Apparition du livre, Paris, Albin Michel, 1971 1958, p. 237.

B. Masc. ou fém. Personne qui fait le commerce des livres (et qui parfois les édite). Libraire d'occasion. Je jouai à la libraire (...) et j'arrangeai de savants étalages. Je ne savais trop si je souhaitais plus tard écrire des livres ou en vendre (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 54) :

2. ... Chadenat n'était pas un libraire comme les autres, il lisait ses livres et je me suis toujours demandé s'il ne tenait pas boutique pour acheter les livres plutôt que pour les vendre... CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 329.

(photo de Emre Ayaroğlu, origami d'une grue de Roman Diaz and Daniel Naranjo, licence creative common)

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jeudi 3 décembre 2009

Le roseau gambille, il vous annonce, en ce 3 décembre 2009, la publication des Conards de Rouen

Les Conards de Rouen - Couverture

Titre : Les Conards de Rouen
Auteurs : Anonymes, Nicolas Dugord, Marc de Montifaud, Hervé Bréchet
ISBN : 978-2-916965-017
Format : 14 cm x 21 cm
nb pages : 154
prix de vente public : 12 €
date de publication : 3 décembre 2009

Ce livre est fabriqué par votre apprenti libraire à l’unité.

Amis lecteurs

Si vous voulez disposer de cet ouvrage, vous pouvez le demander dans votre bibliothèque (1) favorite, chez votre librairie (1) ou le commander directement.

Pour ce faire, il suffit de m’envoyer un message à l’adresse : roseau.penchant @ orange.fr ; de préciser votre adresse, le mot que vous souhaiteriez voir imprimé sur la page de fausse-garde. La somme qui vous sera demandée est de 12 € plus 1 € pour les frais d’envoi en France ou 2 € pour les autres pays de la zone euro (2). Les modalités pratiques de paiement et le délai, nécessairement long, vous seront précisés par retour de courrier.

Mais plutôt que de l’acheter, ce qui donnerait beaucoup d’ouvrage à votre apprenti, sachez qu’il sera progressivement mis en ligne dans la section : Autour des Conards de Rouen.

Amis libraires

Si mes pas peuvent venir jusqu’à vous, je suis disposé à vous le laisser en dépôt. Dans tous les autres cas, votre démarche sera la même que celles des lecteurs, sauf pour le prix : 7 € 50 l’unité plus les forfaits de 1 € en France ou 2 € (zone euro) pour les frais d’envoi. Une adresse : roseau.penchant @ orange.fr.

Amis bibliothécaires

Adressez-vous à votre libraire favori ou directement à moi : roseau.penchant @ orange.fr.

Amis éditeurs

Si vous souhaitez publier un ouvrage reprenant tout ou partie des Conards de Rouen, je suis prêt à vous fournir les fichiers. Votre seul écot sera de mentionner vos sources et de renoncer à toute exclusivité. Une seule adresse : roseau.penchant @ orange.fr.

À tous

Si j’étais friand de devises je ferais mienne celle que suggère le poème de Guillaume Apollinaire, À la santé :

« Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement

Tu pleureras l'heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures »

Christian Domec, apprenti libraire

(1) à ma connaissance, quatre librairies et trois bibliothèques disposent de cet ouvrage en ce jour du 3 décembre 2009 :

La librairie l’Armitière
La librairie Chantefables
La librairie l’Écho des vagues
La librairie Élisabeth Brunet
La Bibliothèque nationale de France
La Bibliothèque municipale de Rouen
La Bibliothèque municipale de Sotteville-les-Rouen

La commande via les librairies en ligne n’est, pour l’instant, pas opportune (l’apprenti ne se décide vraiment pas à apprendre).

(2) il n’est pas prévu, à court terme, de franchir cette frontière symbolique, mais vous pouvez toujours m’envoyer un message. Nous aviserons ensemble.