Journal des penchants du roseau

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samedi 19 novembre 2011

Et s'il n'y avait plus de libraires ?

Librairie et curiosités

« Et s'il n'y avait plus de libraires ? » est la une - assez racoleuse pour le public visé - d'un magazine qu'un ami a eu la gentillesse de m'offrir. C'est amusant, une une (eh bien ! oui oui), pour trois pages dont la lecture n'apprend rien ou presque. Il est vrai que ces magazines sont essentiellement des supports de publicité, comme la plupart des sites web d'ailleurs. Là une pub pour une machine nommée kindle - c'est un magazine culturel, voyons ; ici une autre pour un « éditeur » à compte d'auteur, c'est un blog contre les arnaques de l'édition, voyons aussi (je ne vous mets pas de lien, mais à défaut de s'en offusquer on rit, l'argent et les odeurs,..).

Le magazine s'appelle Télérama, un machin qui est né dès que la télé s'est installée comme corps étranger dans (presque) tous les foyers, qui donne le programme, est garni de pubs ciblées, de quelques « critiques » prémâchées par des communicants, et un p'tit bonhomme qui sourit...

J'aurais bien aimé en apprendre plus sur la mort annoncée des libraires... En attendant, j'en rencontre qui s'agitent avec passion, qui ont encore un fonds ou tentent avec courage de le constituer - alors que tout le système de production, diffusion, distribution du livre - cette fameuse chaîne - tente de l'éliminer pour le vite écrit, vite publié, vite distribué, vite vendu, vite oublié, vite jeté comme les fichiers numériques - baptisés e-books ou livres électroniques par les bonimenteurs hi-tek - vite téléchargés, vite enregistrés, rarement lus et vite jetés avec la machine qui les hébergeait.

Oh je vous dis ça parce que j'ai une bonne nouvelle, un peu lointaine : Christine Lapostolle vient de m'annoncer, ainsi qu'à plusieurs autres personnes, qu'une librairie naît à Quimper :

« Je vous informe, pour le cas où vous n'en auriez pas entendu parler, de la naissance - 3, rue Toul al Laer à Quimper - de cette jolie librairie dont vous trouverez la carte en pièce jointe.

Elle est ouverte par une ancienne étudiante des Beaux-Arts de Quimper, Catherine Le Pape. Et contrairement à ce que pourrait laisser supposer la carte, il ne s'agit pas d'une brocante mais bien d'une librairie de livres neufs, extrêmement choisis, parmi lesquels sont présents de nombreux petits éditeurs. »

Catherine, bienvenue !

Chiche que ce magazine, aille y dépêcher un vrai journaliste et fasse un dix pages sur cette étrangeté !

Mais... et s'il n'y avait plus de journaliste ?

samedi 12 décembre 2009

♪ ♫ Pour faire un livre ♪ ♫ Que c'est long ♪ ♫

engrenages

Je vous parlais de la guêpe hier, mais avant d’entrebâiller la porte de mon atelier, je vais présenter succinctement les étapes de la fabrication d’un livre ; du moins celles que Les Conards de Rouen m’ont désignées. Nous les suivrons ensuite pas à pas, le plus précisément possible afin que, s’il vous plaît, vous vous en inspiriez ou en fassiez la critique.

Le livre

  • choisir et rassembler les textes et documents,
  • saisir,
  • corriger,
  • choisir le type de livre, son format, sa typographie, son papier, sa mise en page,
  • appliquer le choix typographique, mettre en page,
  • corriger,
  • imprimer une première épreuve,
  • corriger,
  • dessiner la couverture, choisir sa texture,
  • imprimer et corriger,
  • choisir le type de reliure,
  • réaliser un livre prototype,
  • corriger,
  • distinguer le corps commun et l’habillage personnalisé,
  • corriger.

L’exemplaire

  • imprimer les pages communes,
  • imprimer les pages personnalisées,
  • prédécouper,
  • relier,
  • sécher,
  • rogner,
  • façonner la couverture,
  • la relier aux pages,
  • sécher,
  • rogner,
  • presser,
  • livrer l’exemplaire.

Et la tourniquette pour faire la vinaigrette.

(photo de Frédéric Bisson, 2009, licence creative common)

Mes « reste à faire » 2009...

Je note ici mes « reste à faire » 2009, je ne suis pas sûr de tout boucler.

Manneken Pis

  • Façonner mes livres pour la première commande internationale, échéance le 18.
  • Assurer un minimum de stock pour le réassort des librairies.
  • Définir très précisément les possibilités de paiement, sans pour l'instant utiliser des moyens automatiques, genre paiement en ligne, la production ne pourrait suivre les clics.
  • Inciter les lecteurs à lire en ligne plutôt que de commander, qu'ils ne soient pas déçus.
  • Étudier l'achat d'une nouvelle imprimante, l'actuelle est trop peu fiable : beaucoup de bourrage et le coût par page ne me permet pas de rentrer dans mes frais.
  • Décrire mon atelier en commençant par le déroulé des opérations pour sortir un livre, sur le thème : ♪ ♫ « pour faire un livre... que c'est long » ♪ ♫.
  • Avancer dans la rédaction des briques de la rubrique projet.
  • Présenter, au fur et à mesure, les librairies où un dépôt a été effectué.
  • Dans les tribulations, faire une note sur la presse... et son silence.
  • Amorcer la rubrique papiers, citer Jocelyne, Macha et Cyrille..
  • Avoir un entretien avec Hervé Bréchet et le reproduire dans la rubrique auteurs.
  • Garnir la rubrique ailleurs de quelques critiques de livres, de clins d'œil et de notes sur des blogs, Contacter Cécile à propos d'une de ses lettres.
  • Rédiger un contrat auteur type et son contexte.
  • Contacter Electre et l'Agessa, relancer l'Arl Haute-Normandie ? Cette association semble ignorer mon existence alors que je lui ai remis en main propre les Conards.
  • Entrouvrir mon carton des projets en cours ?
  • Secouer Arthur Morneplaine pour qu'il envoie ses lettres en Angleterre et qu'il entame la traduction d'un auteur du XVIIIe siècle.
  • Et, entre la poire et le fromage, boire, rire et chanter (Jouissance, jouissance comme Lise dirait) !

Aïe, aïe, aïe, l'apprenti va encore devoir aller au charbon (de bois).

PS Madame le Maire de Rouen ne m'a toujours pas répondu, elle est très occupée, il est vrai... et il faut animer la démocratie participative et locale (sic). Ce n'est pas une pique contre elle en particulier, il me semble me souvenir d'une personne fort sympathique la dernière fois que je l'ai rencontrée... ça date un peu, je n'étais pas encore apprenti.

(photo de Markus Koljonen (Dilaudid), 2007, licence creative common)

jeudi 3 décembre 2009

Pendons la crémaillère !

Pendre la crémaillère

Ce jeudi 3 décembre 2009, pendons la crémaillère et que penche le roseau ! La sortie des Conards de Rouen en est le prétexte et vite nous sortirons discrètement de nos cartons les publications à venir.

Nous répondrons à toutes vos questions, celles au roseau, celles à ses penchants.

Mais n’oubliez pas ripailles, festoyance et farandoles !

(photo de Égoïté, auteur du tableau : Jos Goemaer, Détail de « Le Christ chez Marthe et Marie », de Jos Goemaer, exposé au Musée de la Gourmandise de Hermalle-sous-Huy, licence creative common)

jeudi 19 novembre 2009

Souffle ride le marigot

Un souffle en brumaire, une brise du ponant ; léger, le roseau s’incline pour vous saluer. Il aurait aimé attendre un peu, être prêt, mais le sommes-nous un jour ? Il pensait que c’était mieux. Un roseau pense-t-il ? Alors agitant ses quenouilles, il va vous murmurer ce qui l’agite.

Il aimerait que le marigot qui le nourrit — le protège — se métamorphose en librairie. Vous vous en souvenez ? Ce lieu où l’on choisit des textes, les recopie, y trempe parfois sa plume, les assemble en feuillets, les presse, les couvre et, avant qu’ils ne collent complètement, les transmet.

Il a vu un atelier s’assembler de bric et de broc : un vieux bureau ici, des dictionnaires là, des rameaux de feuilles ivoirines et un plioir en os, de l’encre, de la colle et un couteau au tranchant redoutable. Cette presse qui fait danser, à pas malhabiles, l’apprenti de ce lieu.

Ah ! Celui-ci, il s’en moquait un peu, il le voyait passer de l’émerveillement à la gaucherie après avoir claviardé comme un singe, il supposait que le plomb disparu de la fonte s’était logé insidieusement dans sa tête. Le voir tourner comme un ours autour d’un serre-joint récalcitrant à faire sauter les ais et l’entendre pester comme un soudard ; il en tremblait un peu.

Soudain, il l’a vu brandir un petit volume, entamer une danse de Saint-Guy et chanter au son des fifres et des tambours : « Les Conards… Les Conards de Rouen ! », se précipiter dehors annoncer la nouvelle dans les librairies de la ville, les vraies, les sérieuses, celles qui savent choisir et proposer. Il revint souriant avec une drôle de ride en travers du front : « L’accueil est bon, trop bon… veiller… les façonner à temps. » Le conflit social couvait, l’apprenti éditeur se frottait les mains lorsqu’il reçut l’apprenti diffuseur, mais l’apprenti imprimeur marmonnait jurons, il demandait à l’apprenti secrétaire de passer commande de papier et d’encre au lieu de jeter un œil distrait sur de futurs communiqués qui ne feraient qu’ajouter à la tension. L’apprenti libraire se réunit et décida, pour apaiser son petit monde, d’user d’une astuce éprouvée depuis des siècles : désigner l’en-dehors et proclamer avec un brin d’emphase :

  « Pis que la muselière, l’oubli œuvre à étouffer plus sûrement les manifestations audacieuses de la vie. S’il en subsiste quelque écho, il suffit de le travestir avec l’assurance de celui qui sait, l’habiller de folklore, le rendre désuet.

Déambulez dans Rouen, glissez sur le pavé, arrêtez un passant et rappelez-lui les Conards de la ville… Si vous échappez au gnon, un haussement d’épaule ou une moue vous répondront.

Pourtant, ils furent fameux ces Conards de Rouen. Turbulents, satiriques, insolents, drôles, courageux, grotesques, ridicules parfois : vivants ! Le XVIe siècle fut leur apothéose et le XVIIe leur fin, comme celle des Badins, des Turlupins, des Mau-gouverne, des… Fous – le grand enfermement commençait.

Les Conards de Rouen n’a pas l’ambition de retracer leur histoire ni même en rédiger une chronique, juste rendre public des textes enfouis dans des fonds de bibliothèques : celui du libraire Nicolas Dugord,  Les Triomphes de l’abbaye des Conards (1587), précipité dans un cul-de-basse-fosse suite à cette publication ; la savoureuse notice de la sulfureuse Marc de Montifaud (1874), jetée en prison parce qu’auteur des Vestales de l’Église ; la note culinaire d’Hervé Bréchet (2009) qui ne perd rien pour attendre de son ironie pendable.

Les Conards de Rouen, première publication des Penchants du roseau, est à votre main dans toutes les bonnes librairies de la ville et du territoire infini de la Conardie à partir du 3 décembre 2009. »

Le roseau bâille, il relâche ses quenouilles, il attend le jour pour bruisser à son point.

Un apprenti libraire, novembre 2009.

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