Journal des penchants du roseau

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vendredi 3 septembre 2010

La Chèvre jaune et l'ordinateur

Pour ceux qui auraient quelque répulsion à lire un livre, La Chèvre jaune est lisible dans son intégralité en la bibliothèque numérique des penchants du roseau : La Chèvre jaune de Paul de Musset & Balade caprine à travers la littérature tourangelle de Jean Domec, collection Côte à cote, ce n'est que son ersatz numérique, mais les caractères sont au rendez-vous.

Vous y apprendrez ce qu'était un ordinateur en 1848...

PS : petit rappel. Tous les livres publiés par les Penchants sont librement consultables dans leur version numérique. Il n'y a que les imbéciles ou les béats pour croire que l'une empêche l'autre (les retors font semblant). Et, après courte réflexion, parce qu'elle ne demande vraiment que peu de temps, s'il devait y avoir un prix unique de l'ersatz numérique du livre que des communicants appellent livre, il devrait tendre vers zéro.

Mais éviter zéro demande qu'une plateforme complexe pratique l'encaissement, la protection, l'anti-piratage, les frais de procédure, etc. Donc un beau zéro me paraît le juste prix. Vous me direz : les frais, les droits d'auteur. Les frais, je les connais, lorsqu'un livre a été préparé et façonné, le peu d'effort que demande son passage en image numérique est négligeable. Pour les auteurs la question est plus complexe, mais vitement dit, si leurs droits sont calculés au pourcentage, les 100 % de ce zéro sont à considérer.

Je prospecte, à l'heure actuelle, pour proposer les livres que je publie dans une version adaptée aux nombreux gadgets électroniques qui circulent ici ou là et qui, parce qu'ils sont programmés pour ça, auront une durée de vie bien plus courte que le plus mauvais des bouquins. Mais pour éviter la fracture numérique, celle qui ampute les amoureux de gadgets de la possibilité d'un livre, je leur ferais bien ce cadeau, parce que, même sur un support dégradé, une belle lecture peut le sublimer.

J'arrête la mon PS, il devient éléphantesque. Il y aurait pourtant tant à dire...

dimanche 15 août 2010

Ave Maria ! La Chèvre jaune est publié(e)

« L’étranger ne manquera pas de s’arrêter, et je me charge du reste. La taillade sera donnée en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer notre mot d’ordre : Ave Maria. »
in La Chèvre jaune.

« la pensée du meurtre de l’ordinateur lui revint à l’esprit »
in La Chèvre jaune.

« Allez voir, c’est proche d’ici
Écoutez le son de la vielle :
Si l’on y danse, dansez-y
Si l’on y baise, qu’on m’appelle. »
in La Chèvre jaune.

Toutes les informations pratiques pour lire La Chèvre jaune sont ici : La Chèvre jaune, Paul de Musset. Roman suivi de Balade caprine à travers la littérature tourangelle, Jean Domec.

La Chèvre jaune

mardi 20 juillet 2010

La Chèvre jaune - Conclusion - Fin

Le notaire Mast’André ne se chagrina pas beaucoup du peu d’empressement du petit chevrier à faire valoir sa promesse de mariage. Cangia, au sortir de sa longue maladie, eut tant de peine à remettre en ordre ses souvenirs et ses idées, que son amour pour Cicio se trouva égaré. Un jeune avocat de Noto, qui plaida pour une famille de Syracuse, eut affaire au seigneur notaire, et s’enflamma pour la fille de Mast’André. On n’eut garde de refuser à ce jeune homme la main de Cangia, car il avait de la fortune et de l’esprit de conduite. La romanesque jeune fille se maria par raison et par obéissance. Elle s’occupa de son ménage et vécut bien avec son mari. On m’a dit à Syracuse qu’elle avait eu des moments de tristesse qui rappelaient le temps ou elle était mezzi mutla ; cependant, j’ai su depuis que le ciel avait béni son union avec le jeune avocat, en lui accordant deux beaux enfants. Les jours de mélancolie devinrent plus rares, et à présent on peut considérer la belle Angélica comme une heureuse mère. Mast’André se félicite de ce beau résultat, et continue à jouer à la Bazzica, avec son voisin l’ordinateur.

Les autres personnages de cette histoire ont fini diversement. Malgré les hautes protections dont il se croyait assuré, le seigneur Zefirino fut pendu avec son habit de velours et ses sous-pieds, non pas à propos de la taillade, qui ne fit aucun bruit, mais pour avoir déplu à la maîtresse d’un sous-intendant napolitain.

Don Polyphême et ses amis dégoûtèrent par leurs exploits les étrangers de parcourir l’intérieur de la Sicile, et ne trouvèrent plus d’Anglais à dévaliser. Ils s’ennuyèrent d’une vie de brigandage qui n’offrait plus de bénéfices, et se convertirent par désœuvrement. Les dangers de la pêche du corail, en Barbarie, leur fournirent assez d’émotions pour occuper leur esprit, et ils s’embarquèrent sur des speronares.

Quant à la pauvre Gheta, semblable à l’âne de la fable, elle paya pour les fautes d’autrui. On l’accusa de toutes sortes de crimes dont elle ne sut pas se défendre. On la mena solennellement au bûcher, tambours battants. Elle mourut innocente et vierge, comme Jeanne d’Arc ; mais son âme irritée ne pardonna pas aux hommes leur lâche injustice. Le fantôme de la chèvre jaune est devenu lutin des chemins, et revient encore à cette heure épouvanter les passants dans les montagnes de Saint-Philippe-d’Argyre, en dansant des saltarelles infernales sur les rochers, au clair de la lune. Un muletier de Messine, dont je fis la connaissance en avril 1843, m’a assuré que la rencontre de la chèvre jaune lui avait plus d’une fois porté malheur. Ce muletier me procura l’honneur d’être présenté à un brigand retiré du monde, et c’est de ces deux personnes dignes de foi que je tiens le récit qu’on vient de lire.

FIN

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in La Chèvre Jaune, 2010.

mercredi 23 juin 2010

La Chèvre jaune - III - les ordinateurs te l’apprendront

Pendant ce temps-là, Mast’André, ému par sa querelle avec la vieille Barbara, laissait ses clercs et sa boutique, et prenait son chapeau pour aller se distraire. Chez un limonadier qu’il fréquentait depuis dix ans, il rencontra un juge ordinateur de ses amis, qui lui proposa une partie de bazzica, et comme Mast’André poussait des soupirs en mêlant les cartes, le seigneur juge lui demanda la cause de son chagrin. Le notaire raconta en confidence le sujet de ses peines et la triste obligation où il était d’envoyer sa fille à Taormine pour l’éloigner d’un misérable chevrier qu’elle aimait follement.

– Par le Christ ! vous n’êtes guère ingénieux, Mast’André, s’écria le juge, de ne pas savoir vous défaire d’un chevrier qui vous gêne, lorsque vous avez pour ami un homme puissant. Ignorez-vous que si je dis à un gendarme : « Faites ceci ; arrêtez telle personne ; mettez-la en prison ; serrez-lui les pouces jusqu’au sang, » à l’instant la personne est saisie, appréhendée au corps, mise au secret, et que le sang jaillit de ses pouces selon mon commandement ? Regardez-moi là, entre les deux sourcils, et vous verrez celui qui a le pouvoir de vous délivrer de votre inquiétude. La belle Angélica n’ira pas à Taormine ; c’est votre chevrier qui sera conduit sous bonne escorte à Noto, où est le siège de l’intendance.

– Mais, dit le notaire, encore faudrait-il accuser Cicio de quelque délit.

– Vous commencez à comprendre, reprit le juge. Ne suis-je pas votre compère et votre ami, et de plus un homme serviable et accommodant ? Choisissez vous-même le délit : voulez-vous que j’accuse ce drôle de vous avoir séduit votre fille ? De l’avoir ensorcelée ? Dans l’intérêt de l’aimable Angélica, il serait mieux d’imaginer un vol. Ne manque-t-il rien chez vous ? Une pièce d’argenterie, un mouchoir de poche, ou quelque autre objet ?

– J’y songe, s’écria Mast’André : ce pendard possède l’épingle d’argent que ma fille portait dans ses cheveux, plus un ruban de ceinture, mais la vérité est que Cangia lui a donné volontairement ces deux objets comme des gages de son amour.

– Nous y voilà, reprit le seigneur juge : adressez-moi une lettre en manière de plainte, et je me charge du reste.

Depuis le postillon qui menait l’ordinario, jusqu’au gouverneur-général, tous les fonctionnaires de la Sicile étaient des Napolitains et se considéraient comme en pays conquis : c’était un excellent moyen d’entretenir la haine entre deux peuples qui auraient pu s’entendre et s’aimer. Mast’André goûta fort l’expédient du seigneur juge. Il demanda une feuille de papier sur laquelle il écrivit une plainte en bonne forme, et Cicio fut accusé d’avoir volé une épingle d’argent et une ceinture, en s’introduisant dans la maison du seigneur Mast’André, notaire privilégié, sous le prétexte de fournir du lait de chèvre.

Le lendemain, dona Barbara se chauffait au soleil sur son balcon de bois (car la plus chétive chaumière de la Sicile est encore ornée d’un balcon) lorsqu’elle aperçut de loin trois gendarmes qui montaient par un sentier. La vieille montagnarde appela Cicio à grands cris, et, grimpant sur un escabeau, elle décrocha la carabine de son défunt mari, qu’elle chargea elle-même, en femme exercée au maniement des armes :

– Mon fils, dit-elle, jamais les uniformes ne viennent dans ce désert. N’en doute pas, tu vas être arrêté. Il y a là-dessous une vengeance et une machination des étrangers. Tu as le temps de tuer les trois Carthaginois par cette fenêtre. Ne perds pas une minute, ajuste d’abord celui qui marche devant, et qui paraît conduire les deux autres.

Cicio prit la carabine et courut la cacher dans un grenier :

– Je ne suis point coupable, dit-il à sa mère, et ne le deviendrai pas, à moins qu’on ne me pousse à la dernière extrémité. Si c’est à moi qu’en veulent ces uniformes, je saurai jusqu’où peut aller l’injustice des étrangers.

Au bout d’un quart-d’heure les gendarmes entrèrent dans la maisonnette.

– Tu vas nous suivre, dit le sergent à Cicio. Où est ta chèvre jaune ?

– La voici.

– Il faut qu’elle nous accompagne.

– Est-elle accusée d’un crime ?

– Assurément. Elle amuse les gens tandis que tu fais tes coups.

– Et quels coups est-ce donc que je fais ?

– Les ordinateurs te l’apprendront. Je vais examiner un peu l’intérieur de cette armoire.

– Une épingle d’argent ! c’est justement ce que nous cherchons. Un ruban vert avec une boucle de ceinture ! Ton affaire est claire.

– Que vois-je encore là ? Une vieille montre d’argent.

– C’est l’héritage de mon père, dit Cicio.

– Un misérable comme toi possède une montre quand je n’en ai point !

Le sergent mit la montre dans sa poche.

– Qu’as-tu sur toi ? dit-il ensuite ; un couteau, cela peut figurer au procès ; quatre grani, ce sera pour ma peine. À présent, marchons.

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in La Chèvre Jaune, 2010.