Journal des penchants du roseau

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mardi 19 octobre 2010

Un « apprenti » libraire

[je recopie tel quel – hors sous-titres et photos – l'article de Y. A. paru dans la Chronique Républicaine du 30 septembre 2010. Y., s'il y a le moindre problème de droit de reproduction, faites-le moi savoir]

Christian Domec n'est pas un libraire ordinaire. Il partage sa vie entre sa famille, son travail dans les télécoms et une passion immodérée pour les livres qui l'a conduit à se lancer dans l'édition.

Originaire de Touraine et récemment installé à St-Aubin-du-Cormier, il n'est pas écrit sur le visage de cet homme de 54 ans qu'il est un peu fou. Fou de livres pour être plus précis. Et fondamentalement amoureux de la langue française. « Des langues puisque chaque auteur utilise la sienne », précise-t-il.

Le mot éditeur ne lui plaît guère, à l'heure où un quart de la production qui couvre les tables des rentrées littéraires est détruit au pilon. Il préfère se qualifier d'apprenti libraire. « Parce qu'apprenti je le serai toute ma vie et que le mot libraire, à l'origine, désignait celui qui fabriquait les livres jusqu'à leur vente. Ce mot s'est réduit peu à peu à marchand de livre... » Christian Domec se consacre à cette activité peu lucrative comme un « amateur passionné ». Son ordinateur, une imprimante, une scie, une râpe, un massicot et de la colle lui suffisent à fabriquer ses livres. « Au départ, je consacrais deux heures à chaque exemplaire, maintenant je m'en sors avec trois quarts d'heure ! » Tout le contraire d'une production industrielle.

Sa petite entreprise baptisée « Les penchants du roseau » a déjà sorti depuis l'an dernier trois livres tirés entre 100 et 300 exemplaires. Les « Conards de Rouen », dont les textes datent du XVIe siècles et qu'il a recopiés à la main il y a 30 ans, « Bleu Terre » du poète breton Jean-François Joubert, et « La Chèvre jaune » de Paul de Musset (le frère d'Alfred), texte de 1848.

Son prochain coup de cœur est pour une jeune femme de 31 ans, Cécile Fargue, « Le Souvenir de personne ». Christian Domec discute ainsi « avec les vivants comme avec les morts. Mais je préfère discuter avec les vivants ! L'essentiel, quand on apporte des corrections, est le respect de la langue... »

On peut aimer les livres à la mode artisanale et vivre avec son temps. « Mon projet existe depuis une dizaine d'années mais c'est sur internet, en échangeant sur les forums, que l'idée a pris corps. C'est aussi en surfant sur internet qu'il a rencontré Cécile Fargue et tous les textes des « penchants du roseau » sont disponibles gratuitement en ligne.

À croire que Christian Domec ne cherche pas à gagner d'argent. « Pour le moment je fonctionne à perte. Je ne demande pas de contrat d'exclusivité aux auteurs car je considère qu'un texte appartient à celui qui l'a écrit et à celui qui le lit. Je vais a contrario de tout ce qui se fait, surtout en matière de gros sous. »

Grand lecteur lui-même, à raison d'un ou deux ouvrages par semaine, il demeure avide de découvertes. Ses publications sont en vente dans plusieurs enseignes de St-Aubin-du-Cormier et tout libraire intéressé peu le contacter.

Y. A.

samedi 27 mars 2010

Quel tas ?

Ordures

Je sais, mes questions innocentes ne trouvent guère de réponses ici, mes petites annonces non plus. Ainsi, si j'ignore tout du destin des milliers de livres envoyés chaque mois à Électre (1), j'ai pu évaluer, d'après quelques articles qui semblent sérieux mais sans références précises que le pilon broierait environ 100 000 000 de livres par an en France. Une paille ! Un cinquième de la production, certainement le poste le plus rémunérateur de l'industrie du livre et de sa chaîne clinquante (2).

Je me souviens d'un dessin de Plantu, je crois, d'avant la chute du mur de Berlin : deux monceaux de cadavres, celui de l'Est légèrement moins important que celui de l'Ouest et un galonné du Kremlin, du haut de son tas, dire : « Oui, mais vous avez de l'avance ». Dessin sinistre atténué par la ligne claire et rebondie du dessinateur.

Émission économique puisque Salon du livre à la portée des Versaillais, ce matin ; entendre le bruissement des mouvements de capitaux vers la lecture sur support numérique et cette question innocente et prospective : quand le tas des bidules électroniques à désosser sera-t-il plus important que celui des livres à broyer ?

(1) pourtant des employés d'Électre sont passés par ici. Les traces, sur le réseau des bidules électroniques, c'est terrible, ça marque et signe.
(2) cette chaîne me rappelle celle de Gunther IV.

(photo, Bayonne Nord en danger - Saison 1, Moris Dia, licence creative common)

vendredi 5 mars 2010

Petite annonce n° 1 : chiffrer le pilon

(je remonte cette petite annonce, il serait curieux que parmi les visiteurs des penchants du roseau il n'y ait pas quelqu'un qui possède un début de réponse. Alors, merci de me donner une piste. Pour vous séduire, je présente à nouveau ce court et magnifique reportage de FR3 sur le développement durable du pilon)

J'étrenne une nouvelle rubrique: les petites annonces.

Vous commencez à être nombreux à venir ici (1), souvent fort silencieux parfois non. Il y a donc une petite chance qu'une annonce trouve réponse. Je tente donc la première.

J'aimerais écrire un relevé d'idées simples contre le pilon, celui des livres. Il pourrait s'appeler : « Mort au pilon !... Oui mon poulet » ou autrement, nous verrons bien.

Le pilon qui est, pour le livre, la modernité du modèle économique dominant : fabriquer des déchets et les peindre en vert, j'en ignore précisément l'étendue. « On » parle de 25 % des livres façonnés.

Ma petite annonce est :

Qui peut me dire, avec l'appui de sources fiables, la quantité des livres pilonnés chaque année en France (2) ? Et, sans vouloir pousser le bouchon trop loin : Quels sont les lieux principaux du pilonnage industriel ?




Le pilonage des livres - Ma-Tvideo France3
Les livres invendus finissent pilonnés dans une usine de Vigneux. Toutes les cinq minutes, 1,5 tonne de livres y sont détruits. Le papier est ensuite recyclé dans l'industrie papetière.

(1) une centaine de personnes par jour depuis février.
(2) nous nous bornerons à la France dans un premier temps, d'une part parce que nous y résidons, d'autre part parce qu'elle a la fâcheuse manie, par la voix de ses bredouilleurs patentés, de donner des leçons à la terre entière et même parfois... à l'Univers.

jeudi 18 février 2010

Le prix unique du livre et ses effets pervers 1

Nul doute que le prix unique du livre a permis le maintien d'un réseau dense de librairies « indépendantes » sur le territoire français. Et, autant vous le dire franchement, j'y tiens autant qu'au pain boulangé artisanalement, même si, il faudrait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte, l'indépendance des libraires s'amenuise à mesure que le pain s'industrialise : des pâtons texturés, aromatisés, calibrés sillonnant l'asphalte au rythme de la livraison des stocks de livres aux criardes couvertures à distribuer, rayonner, pilonner.

Certes, le prix unique du livre évite à quelques mammouths d'écraser la diversité que seules des souris trompeuses pourraient, en catimini et marginalement, sauvegarder.

Pourtant le prix unique du livre nivelle lui aussi. Il est adapté aux structures industrielles d'édition.

Un exemple ?

Je décide de publier Bleu Terre, je sais qu'un libraire pour vivre a besoin d'une ristourne d'environ 30 %, souvent plus, rarement moins. Je dois bien acheminer ce livre jusqu'à ce libraire, prendre à ma charge les frais de port : il faut donc au minimum que je compte ces deux postes pour établir le prix de vente unique de Bleu Terre.

Le seul subterfuge légal trouvé pour proposer ce livre à un prix plus abordable lorsque je le vends directement est la pré-commande avant sa sortie officielle. C'est chouette, mais c'est une contorsion qui ne m'amuse pas.

Ceci dit la loi sur le prix du livre dit une autre chose : « Tout détaillant doit offrir le service gratuit de commande à l'unité », ce qui signifie qu'aucun marchand de livre, qu'il soit en librairie, en superette, ou en amazone ne peut légalement dire : je ne peux vous le commander. Elle ne précise pas, par contre, la marge minimale qu'un détaillant peut exiger. Je n'ai pas encore reçu de commande via une boutique multinationale en ligne, mais il est sûr qu'elle ne pourra bénéficier de ma part d'une ristourne préférentielle : je préfère la réserver à des libraires qui ont des livres une autre considération, même si, pour tout un tas de raisons, commander de cette manière peut être agréable d'autant que le service de commande et d'envoi est souvent de bonne qualité.

Quand je pense que d'aucuns commencent à réfléchir sur le prix unique des fichiers numériques, j'ai quelques frissons... Moi ? Je les donne.

samedi 9 janvier 2010

Une révision déchirante... une décision reposante

Pause

Rassurez-vous, il ne s'agit ni de parler de pilon (1), ni de cesser de nous pencher.
Simplement constater que la production d'un exemplaire de notre première publication, nous prend trop de temps (actuellement plus de deux heures) et nous revient plus cher en matériels (papier, encre, colle, film plastique, enveloppes, frais postaux, etc.) que son prix nominal dès lors qu'il n'est pas vendu de la main à la main.

Je décide donc :

  • de clore la première édition des Conards de Rouen (2),
  • d'arrêter la production de livres pendant un bon mois,
  • d'une pause.

Une pause ?

Cette pause, l'arrêt de la production de livres, sera comme un temps suspendu.

Suspendu à la préparation de trois nouveaux livres : une réédition des Conards de Rouen, une balade poétique, un « policier ».

Suspendu à l'apprentissage d'autres façons de relier, de fabriquer un outil en cours de conception qui facilitera les opérations de presse, de sciage du dos et d'encollage ; à l'achat d'une nouvelle imprimante moins gourmande en encre et plus fiable (il ne faut pas que je me plante, dit le roseau).

Suspendu à la lecture de manuscrits reçus.

Suspendu à la rédaction de quatre bulletins spécifiques : l'un en direction des bibliothèques ; le second, des libraires ; le troisième, des éditeurs ; le dernier, des chroniqueurs.

Suspendu à l'écriture de billets sur le blog surtout dans les parties projet, atelier et papiers : sur le thème : « voilà pourquoi et comment je fais : chapardez, remarquez, critiquez ».

Suspendu à l'articulation entre le livre et sa représentation numérique.

Une pause, donc, où l'ennui ne risque pas de m'assombrir.

Je profite de cette première heure de pause pour remercier toutes celles et ceux qui m'ont encouragé, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça m'a fait du bien.

À bientôt.

Un apprenti libraire, 2010.

(1) bien que, à partir de cette vidéo, nous reviendrons sur ce sujet. L'industrie de la marchandise livre s'accommode très bien du pilonnage du quart de sa production, elle participe au développement durable des stocks. Ces derniers, leur gestion, donnent d'ailleurs de très mauvaises habitudes à tous ceux qui gravitent autour de l'industrie de cette marchandise, un certain mépris de l'objet et de la main qui le façonne. Que d'anecdotes déjà engrangées depuis à peine plus d'un mois, elles font pousser mes incisives.

Le pilonage des livres - Ma-Tvideo France3
Les livres invendus finissent pilonnés dans une usine de Vigneux. Toutes les cinq minutes, 1,5 tonne de livres y sont détruits. Le papier est ensuite recyclé dans l'industrie papetière.

(2) mon stock est suffisant pour satisfaire toutes les commandes en cours, les envois se feront lundi 11 janvier.

(photo de de douaireg, licence creative common)