Journal des penchants du roseau

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samedi 20 novembre 2010

L'impossibilité de feuilleter et de lire

Rêve étrange cette nuit. La lumière éclairait la bibliothèque de cette grande cité. Une librairie attenante, lumière tamisée. J'entre par une fenêtre brisée. Nulle étagère, Des livres bien disposés en petits tas sur des tables sans fin. J'en prends un pour le feuilleter. Il se refuse à moi. Un « blister » épais, brillant et pâteux en empêche l'ouverture. Il me tombe des mains, mais cette gomme synthétique du sol le propulse à l'endroit exact où il se trouvait. Sur la table, brillant, la couverture éclatante. Un autre livre, la même gomme épaisse et transparente. Mes mains frénétiques s'agitent, à mesure que la rangée rebondit. Une caisse enregistreuse en colère se précipite sur moi, elle m'envoie d'un cliquetis sec valdinguer contre la fenêtre. La vitre éclate. Je me réveille en sursaut, j'ai failli écraser mes lunettes.

Tiens, une question : pourquoi peut-on feuilleter, dans son intégralité, un livre - une nouveauté - en libraire ou en bibliothèque et n'avoir presque jamais accès à son contenu sur internet (1) ?

Mystère et boule de gomme synthétique.

(1) il existe des exceptions dont celle-ci et d'autres que je vous laisse découvrir ou suggérer.

lundi 29 mars 2010

Bleu Terre - Drôle d’oiseau

Un cri m’arrache à ma dernière pensée, je lève la tête, un oiseau me parle.

— Tu dors ?

Quelle question !

Ses yeux rouges me percent et, transparent, je reste muet dans cet ultime face à face. Je songe... Souvent, j’ai rêvé d’ailes, de ce pouvoir d’aller vers l’horizon, d’y adopter une falaise pour construire mon nid, chaud, douillet, éloigné des ravages du nuage de la fumée des hommes, si proche du rivage, aux côtés

de ces vagues dociles qui submergent mon humeur. Longtemps, mes nuits se sont penchées sur ce plaisir exquis de liberté. Des ailes, des plumes, et la force de m’abandonner au voyage, pour voir la nature, la sentir sous ma peau, vivre. Des ailes pour que ce mirage m’entraîne loin de ses orages, sous ces grêles de pluies qui menacent de poursuivre nos tombes. Des ailes pour longer des îles, survoler la question et rentrer sans raison vers un champ d’eau douce, une perle de pluie. Le rouge me traverse, mon sang nage, glisse, dérape, je suis allongé sur une nappe, il ne me reste que peu de temps à être, et cette question :

— Tu rêves ?

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.