Journal des penchants du roseau

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Tag - rue de la Conardie

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vendredi 19 février 2010

Bienvenue en Conardie (& à Rouen aussi)

La carte, ci-dessous, va s'enrichir peu à peu des hauts-lieux de Conardie. En vous rapprochant de Rouen, alors capitale, vous pourrez découvrir le tracé de la future rue de la Conardie. J'attends avec impatience le relevé de décision du conseil municipal que Madame le Maire aura, je n'en doute pas, l'obligeance de me faire parvenir par pneumatique.


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mardi 16 février 2010

Madame le Maire de Rouen : invitation à festoyer demain me presse !

« Nous souhaitons beaucoup de chance à notre apprenti libraire et s’il réussit dans son entreprise, nous l’inviterons à festoyer aux frais d’Itinéraires de Normandie, pour célébrer le plus fameux Conard de toute la Normandie ! »

Telle est la chute de l’éditorial d’Yves Buffetaut dans la revue qu’il a eu la gentillesse de m’adresser en ce jour de Mardi gras. Madame le Maire, rappelez-vous, cette entreprise n’est pour vous qu’une formalité réjouissante : faire résonner et tambouriner la Conardie là où l’abbaye de Saint Amand fut éventrée.

Il me presse de festoyer et même si « le plus fameux » me semble immérité, je suis en matière de Conardie un apprenti attentif.

Christian Domec, apprenti Conard.

PS : et céder à la débauche d’un Saint Amant...

La Débauche

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chômer ;
Voici Bacchus qui nous convie
A mener bien une autre vie ;
Laissons là ce fat d’Apollon,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses,
Elles sont vieilles et camuses ;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau,
Et de leur verve poétique.
Qui n’est qu’une ardeur frénétique;
Pégase enfin n’est qu’un cheval,
Et pour moi je crois, cher Laval,
Que qui le suit et lui fait fête
Ne suit et n’est rien qu’une bête.

Morbieu ! comme il pleut là dehors !
Faisons pleuvoir dans notre corps
Du vin, tu l’entends sans le dire,
Et c’est là le vrai mot pour rire ;
Chantons, rions, menons du bruit.
Buvons ici toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore.
Loin de nous sommeil et repos ;
Boissat, lorsque nos pauvres os
Seront enfermés dans la tombe
Par la mort, sous qui tout succombe,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormirons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne;
Je vois Faret qui se rend digne
De porter ce dieu dans son sein,
Et j’approuve fort son dessein.

Bacchus ! qui vois notre débauche.
Par ton saint portrait que j’ébauche
En m’enluminant le museau
De ce trait que je bois sans eau ;
Par ta couronne de lierre.
Par la splendeur de ce grand verre,
Par ton thyrse tant redouté.
Par ton éternelle santé.
Par l’honneur de tes belles fêtes,
Par tes innombrables conquêtes.
Par les coups non donnés, mais bus.
Par tes glorieux attributs,
Par les hurlements des Ménades,
Par le haut goût des carbonnades,
Par tes couleurs blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret,
Par le doux chant de tes orgies.
Par l’éclat des trognes rougies,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon carême prenant.
Par les fins mots de ta cabale,
Par le tambour et la cymbale,
Par tes cloches qui sont des pots.
Par tes soupirs qui sont des rots.
Par tes hauts et sacrés mystères.
Par tes furieuses panthères.
Par ce lieu si frais et si doux.
Par ton bouc paillard comme nous,
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l’âne.
Par les Satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins.
Par ces bisques si renommées,
Par ces langues de bœufs fumées,
Par ce tabac, ton seul encens.
Par tous les plaisirs innocens.
Par ce jambon couvert d’épice.
Par ce long pendant de saucisse,
Par la majesté de ce broc.
Par masse, tope, cric et croc,
Par cette olive que je mange.
Par ce gai passeport d’orange,
Par ce vieux fromage pourri,
Bref, par Gillot, ton favori,
Reçois-nous dans l’heureuse roupe,
Des francs chevaliers de la coupe,
Et, pour te montrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.

dimanche 14 février 2010

Le nom de Madame le Maire de Rouen ? Valérie Fourneyron

Oh non ! Ne vous méprenez pas, ce n'est pas parce que je n'ai pas reçu de réponse à mon courrier posté il y a soixante-douze jours à Madame le Maire de Rouen que j'intitule ainsi ce billet. Non, non, croyez-moi ! Il s'avère que depuis ce jour les penchants du roseau reçoivent de nombreuses visites accompagnées de cette requête : « Quel est le nom du Maire de Rouen ? »

Maintenant vous en savez autant que moi, alors poursuivons... par un petit retour en arrière, voici le contenu du courrier posté le 3 décembre dernier :

Madame le Maire,

Il est des noms de rues comme de nos manières, elles furent frustes mais gaies, pieuses mais irrespectueuses. Ces noms évoquaient plutôt un métier, une habitude, un marché, une réputation, un personnage illustré... qu’une personne illustre, sévère, défunte. Aujourd’hui, les épitaphes clouées à l’entrée de nos venelles, ruelles et avenues appesantissent nos pas à tel point qu’une prothèse pneumatique nous est devenue indispensable.

Disparues, celle des Arpenteurs, des Belles-Femmes, des Coquets, du Bon-Espoir, de la Basse-Fesse, de Derrière, Devant-la-Cohue, Dame-Jeanne, du Petit-Enfer, du Chien-qui-rit, du Cochon-rôti, de la Truie, des Ramasses, du Bardel, des Barbiers, des Curandiers, de Vanterie, de la Chèvre, des Crottes, de la Grosse-Bouteille, de la Pompe, des Prêtresses... même celle des Jésuites ; comme partout, elles furent remplacées par des galonnés, des ceinturés, des notables, des académiciens, des artistes... un pont récent, inauguré en grande pompe, fut même affublé du nom de celui qui s’écriait : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit ! »

Il est pourtant une rue qui retient plus particulièrement l’attention. Celle qui éventra un quartier tumultueux ; qui trancha et redressa les rues des Tanneurs, de la Renelle-aux-Tanneurs, des Maroquiniers, de Dessus-la-Renelle pour tracer une droite impeccable entre la Seine, l’Hôtel-de-Ville et les boulevards. Celle qui eut toujours une belle maîtresse, l’Impériale, la Royale, la République, l’Impériale (bis), la République (bis)... et demain ?

Demain est ma requête, Madame le Maire, celle de redonner fierté aux riverains de cette artère qu’on traverse sans jamais s’y attarder ; permettre aux passants de sourire, de se rappeler, de revenir. Demain sera changer son nom en rue de la Conardie, en mémoire aux fameux Conards de Rouen(1) qui surent égayer la ville un siècle durant avant d’être étouffés par le Parlement et l’ombre du sinistre homme rouge.

Madame le Maire, je vous en prie, bousculez l’ordre du jour de votre prochain conseil, présentez-lui cette requête et, à n’en pas douter, il l’adoptera à l’unanimité. Pensez à ces jours de liesse lorsqu’au son des « tabourins, fleustes, phiffres, trompes, trompettes, cimbales, cornemuses, vielles, carivary, hautsbois, rebecquets, bourdons, violons, harpes, loures sourdes, orgues, timpans, pippets, cornets » vous inaugurerez cette rue : la clameur s’étendra à toute la cité et... bien au-delà.

À cette inauguration prochaine, bien à vous,

Christian Domec, apprenti libraire.

(1) Les Conards de Rouen, les penchants du roseau, 2009, dans toutes les bonnes librairies de la ville.