Journal des penchants du roseau

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vendredi 23 avril 2010

Bleu Terre - Le Cheval de mer

Dans ma nuit, un hippocampe caresse ce désir de nous unir. Toi et moi, sur ce cheval outremer... Des champs d’algues ocre jaune et des châteaux de sable, quelques rhinocéros-roches et une foule de poissons-lunes nous surveillent sous les flots. Tu es le poison de ma conscience, ce silence amer qui me perce et m’oblige à sentir le glaive du temps. Je rêve pour oublier que je crève errant dans le cercle de l’absence. Ton image me fuit, alors je pense aux anémones, fleurs-orages phosphorescentes qui me piquent et m’entraînent sur des chemins de traverse, d’averse en averse, et me versent en cascade de folie. Une musique me hante quand je balade ma nostalgie sur des sentiers fantômes. Un port, une place, une ville de mâts et ce miroir d’eau de mer qui réfléchit ton sourire. Partout où je vais, je partage ce souvenir de ta gracieuse silhouette. Toi, ma mouette rieuse !

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

lundi 12 avril 2010

Bleu Terre - Le Haut de forme sous la pluie

Du nord au sud, la pluie d’automne étonne les oiseaux. Sur un sentier, peu clair, ce solitaire n’a pas peur du nuage monstrueux qui déverse son chagrin. Sa marche est tranquille, sous le couvert de ses pas qui narrent ses habitudes, des flic floc sur les flaques.

Qui est cet homme qui balade son haut de forme, sa canne ?

De la ville à la campagne, cette personne, au costume sombre, cherche son chemin : celui de demain, et celui à venir. Les marins qui volent, inondent de cris stridents sa route. Celle qui éloigne des doutes, avenir !

L’homme innocent promène l’insolence de son imperméable, aucun ciel en colère ne perce ce costume increvable. Incroyables ces êtres qui maîtrisent les vents contraires, et peu importe leurs provenances : que les vents soient d’est ou d’ouest, les oiseaux marins circulent et planent sans effort apparent, juste les squelettes trempés.

Cette silhouette au passé composé cherche au cœur de cette trouble atmosphère, son flot de lumière. Sa raison d’être !

Il se parle de ses îles, celles que l’on devine derrière les maisons. Horizon incertain, il pense à ce voile aperçu, à elle, qui a fui, ce cruel abandon. Son soleil est lointain et, ce matin, il exprime sa peine à se lever, sortir du vide absolu de ce gris, au teint vieux.

La pluie traverse sa route. Lui, son bleu est ailleurs, dans cette partie sombre assassine qui conduit sa peine.

Par son absence, elle a violé son innocence, et lui, il s’en balance. La ballade de sa voix amuse le ciel qui, en reconnaissance, pleure pour lui.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

vendredi 2 avril 2010

Bleu Terre - Le Vent de tes silences

D’où provient le vent qui caresse mes oreilles ?

Nul ne le sait vraiment : d’un haut talus, d’une balise russe, d’un nuage de feu. Jamais je ne saurai si cet élément n’est pas le fruit des âmes tranquilles qui veillent sur nous, de vieilles dames ou de vieux messieurs qui ont fui la Terre pour arpenter la pente de nos silences. Doux souvenir de courses sur l’eau, le vol des voiles nous mène sur les flots, nous avançons vers la paix, main dans la main ou le regard en l’air, les oiseaux en guides sur la surface immobile, la mer. Je rêve de ce voyage dans l’univers de ma raison, porté par la folie de croire au miroir de ta silhouette, aussi chouette qu’une allumette ; je brûle de désir et d’impatience, sous un thermique absent. J’ai chaud. En août ou en juillet, je sillonne l’atmosphère à la recherche d’un billet pour une vallée de sourires, sans dépérir, seulement ivre... de liberté.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

vendredi 26 mars 2010

Bleu Terre - Voyage

Le temps m’assassine lentement. Victime d’un viol de mémoire, je perds ton image. Un instant, l’astre jaune s’absente sur des sentiers peu clairs. Ils troublent l’ombre d’un vers solitaire, j’invite une nuée d’étourneaux, un chat volant, des nuages trop beaux, deux mouettes et un goéland. Solidaire et sauvage, la troupe anime le tableau. Mensonge !

La vérité...

Mon âme saigne et je reste aveugle devant la nature, brisé, coupé en deux. Depuis que ta silhouette est lointaine, j’habite une ville fantôme. Bien sûr, des chants de marin me rassurent, ils poussent leurs ballades dans la moindre fissure, et mon être tremble comme le hêtre se donne aux vents. Parfois, je voudrais nager sous la coque de ton bateau, effleurer la quille et faire le malin, sauter de joie devant l’étrave... que tu m’applaudisses, dès demain. Le calme me traîne sur des courants d’incertitude, je ne suis plus maître de mon destin. J’implore le ciel d’une nouvelle rencontre et il pleut. Alors je m’évade de ma cage à épines de roses, je m’expose dans la vallée de la mort, et le sable fin n’est rien qu’un compagnon de voyage. La lune à l’abandon, tu es le ciel de ma raison, et je divague...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.