Journal des penchants du roseau

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Tag - vuider les pots

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dimanche 7 février 2010

Les Conards de Rouen - Semonce

SEMONCE

a la magnifique blanque.

L’abbé, estant en son pontificat,
Après avoir chanté Magnificat,
Fait à sçavoir à ses joyeux supposts,
Autres aussi aimans vuider les pots,
Que dans ce jour il veut sans nul caquet
Dans la viétour faire son grand banquet,
Où l’on voirra tous ses gros orfessiers
Estre assemblez dans la halle aux merciers,
Qui avec luy jugeront de voix ranque,
Les gaillards prix de sa gentille blanque.
Parquoy, Conards, pour avoir mill’ plaisirs,
Qui seront là ensuivant vos desirs,
Venez soudain, car l’abbé qui tout peut,
Vous traittera, et ainsi il le veut,
De bons morceaux et friandes poulailles,
De bons levraux, de canards et de cailles,
Et de cent mil millions d’autres mets
Que n’avez veus et ne voirrez jamais,
Et avec ce, de ses gros poix cauchois,
Dont maillotins aiment avoir le choix.
Vous asseurant qu’il ne vous coustera
Que dix beaux sols, et si chacun aura
Bien à disner avec force risée ;
Et, sur le soir, la petite brisée.
Parquoy venez et veus serez contens,
Ayant receu cent mille passetemps.

Ainsi signé : par deux nez embrenez
Payant dix sols vous serez bien disnez.

in Les Conards de Rouen, 2009.

vendredi 29 janvier 2010

Les Conards de Rouen - Les Triomphes de l’abbaye des Conards XX

Ceste compagnie passée, marchoyent en bon ordre trente hommes à cheval, accoustrez de robbes de satin blanc à pourfilures de fin or, les affuls de figure de teste de lyon ; à l’environ force flammes de feu, faits de satin cramoisi enrichis de broderie, tenans en leurs mains un monde renversé. Leurs chevaux, caparensonnez dudit satin, et pourfillures avec houppes de fil d’or et de soye. Devant eux vingt six falots flambans, six tabours et un phiffre, avec le porte enseigne à cheval, accoustrez de leur pareure, en laquelle estoit escrit : Les estonnez du monde.

Un cheval d’eux avoit deux lignes de rithme escrit derriere le dos, qui ne se sont peu recouvrer, et des aucuns venus à cognoissance, sont cy aprés escrits comme ensuit :

Premier.

Si je porte feu aux aureilles,
C’est pour raison des grands merveilles.

Deuxiéme.

Non sans cause je m’esbahis,
Voyant ruiner ce païs.

Troisiéme.

Le feu mon chef tout environne…
Ce poinct m’esbahit et m’estonne.

Quatriéme.

Ma main tient monde renversé
Pour mal qui y a conversé.

Cinquiéme.

Je m’esbahis et ne dis mot
De voir Rouen ainsi remord.

Sixiéme.

Estonné de voir la saison,
Je pers le sens, aussi raison.

Septiéme.

Esperdu suis de voir la contenance
De mainte femme au marcher et en dance.

Huitiéme.

Esmerveillé vis en soucy
Et estonné de voir cecy.

Neufiéme.

Tout estonné suis par la teste.
Plus m’esbahis et plus suis beste.

Dixiéme.

M’esmerveillant propos se sourt
Des estonnez de nostre court.

Unziéme.

Estonné de voir les mutins,
Je plains les os des Maillotins.

Douziéme.

En speculant, des jans je vois
Qu’on maine paistre par les doigts.

Treiziéme.

Dessoubs mon feu je me soubsris
Du sot jugement de Pâris.

Quatorziéme.

La façon des habits m’estonne
Qu’on porte en hyver et automne.

Quinziéme.

Estonné d’ouïr tes propos,
Je me trouve trop dispos.

Saiziéme.

Esmerveillé des interdits,
Je crains à proferer maints dits.

Dixseptiéme.

Je m’esbahis du temps qui court,
Voyant pauvreté qui accourt.

Dixhuitiéme.

Je m’esbahis de la grandeur
Du pere abbé et sa grosseur.

Dixneufiéme.

Je m’estonne, veu le bon guet,
Qui a peu desrober Duguet.

Vingtiéme.

Estonné de nos coquibus,
Je les remets au cas d’abus.

Plus, par eux, estoit baillé durant ledit tour, quatre dizains impri­més dont la teneur ensuit :

Si, des bigots, cesse la caphardise,
Et des senats la justice sans fi ;
Si loyauté et foy sont marchandise,
Le temps viendra qu’on vivra sans soucy.
Pour le present ne le trouvons ainsi :
Pour Dieu barat benefices trocquez,
Gens de justice sont de vices marquez,
Ne reste plus que noblesse qui blesse
Pauvre commun. Or, ce cogneu, jocquez
Les trois en un : c’est nihil. Qu’el fin est-ce ?

Tel ne sçait rien qui est fort exalté,
Tel sçait, du bien, lequel bien peu on prise ;
Tel a si haut depuis deux ans monté
Qui tombera de plus haut qu’une eglise ;
Tel a souvent du vent de la chemise,
Qu’il n’entend pas sa gaine bien comprendre.
Or, devinez, si mes dits voulez prendre,
Qu’il adviendra des choses nompareilles.
Je le diray, on ne m’en peut reprendre,
C’est que l’on void ce jour l’an des merveilles.

Les faits nouveaux et actes de folie,
Font esbahir les grans et les petits ;
Les faits des fols ce jour, chacun follie.
Vous le voyez par rebus inventifs,
Des malversans tels faits sont destructifs.
Il est requis les fautes corriger,
Faire rouger et le monde songer,
Sans rien nommer, mais le monstrer par signes.
Heureux est cil qui ne craint ce danger,
Encore plus, qui fait œuvres condignes !

Nous, estonnez, esbahis, esperdus,
Portons le feu autour de nos aureilles.
Feu de lyon, en courages ardus,
Vous fait sçavoir qu’il est l’an des merveilles.
Actes voyons dont n’en fust de pareilles
Depuis le temps de nostre inception.
Taisons cela, n’en faisons mention ;
Le jour viendra que vivrons en repos.
Quant est à nous, c’est nostre intention
Vivre de hait et bien vuider les pots.

Aprés, marchoyent plusieurs compagnies, au nombre de deux cens hommes à cheval ou au dessoubs, accoustrés de differents abits, chacun ayant sa devise, avec grand nombre de falots, tabours, cymballes, cornemuses, cornets, hauts-bois et bedons ; chose plaisante à voir, encore plus à ouyr.

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in Les Conards de Rouen, 2009.